Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le paysage géopolitique est exposé aux politiques tarifaires les plus agressives des temps modernes. Le 4 mars 2025, le président Trump a imposé des tarifs douaniers de 25 % sur tous les biens canadiens qui entrent aux États-Unis, y compris les produits agricoles, ce qui devrait grandement perturber les échanges commerciaux entre les deux pays. Ottawa a également annoncé des tarifs de rétorsion sur certains biens américains importés au Canada. Ensemble, ces nouveaux tarifs pourraient déstabiliser les flux commerciaux, en plus d’accroître les coûts et de miner la concurrentialité des biens canadiens aux États-Unis. Aussi, au vu de l’instabilité commerciale, l’agro-industrie canadienne doit agir proactivement pour limiter les risques et s’adapter au marché en mutation.
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Échanges commerciaux agricoles entre le Canada et les États-Unis
Le secteur agricole nord-américain est source de prospérité et de sécurité alimentaire des deux côtés de la frontière. Le Canada et les États-Unis entretiennent l’une des plus importantes relations commerciales agricoles au monde; en effet, les États-Unis achètent 60,3 % des exportations agricoles canadiennes et produisent 56,8 % de nos importations agricoles.
Les images ci-dessous présentent les échanges commerciaux agricoles et agroalimentaires entre le Canada et les États-Unis, qui totalisent 72,6 milliards de dollars.
Impacts possibles des tarifs douaniers sur l’agro-industrie
Les agroentreprises canadiennes exportent un large éventail de biens de base aux États-Unis, dont du bœuf, des céréales, des produits laitiers et des engrais. Des produits agricoles et agroalimentaires d’une valeur de plus de 100 milliards de dollars franchissent les frontières canadiennes chaque année, dont près de 60 % à destination des États-Unis. Le Canada fournit ainsi 20 % des importations américaines de produits agricoles et agroalimentaires. La modification des politiques tarifaires et commerciales des États-Unis sous l’administration Trump affectera les activités d’exploitations, les chaînes d’approvisionnement et la rentabilité des producteurs et des exportateurs canadiens sur de nombreux plans.
a. Accroissement des coûts : Le gouvernement canadien a pris des mesures immédiates en riposte aux tarifs américains, dont des contre-tarifs sur des produits d’une valeur de plus de 30 milliards de dollars en provenance des États-Unis, ce qui augmentera le coût des importations de biens américains au Canada. De plus, les tarifs américains mèneront à une hausse des prix pour les consommateurs canadiens et américains, puisqu’ils risquent de faire exploser les coûts dans bon nombre de secteurs agricoles, y compris ceux des céréales, de la viande, des produits laitiers, de la potasse et de l’engrais. Comme 70 % des exportations canadiennes actuelles vers les États-Unis servent à la production d’autres biens, le prix de ces biens sera aussi touché. Enfin, la guerre tarifaire pourrait entraîner la dépréciation du dollar canadien, ce qui rendrait toutes les marchandises importées encore plus chères et provoquerait une augmentation des coûts de production et des prix de vente – ainsi qu’une réduction des marges de profit – pour les entreprises agricoles.
b.Diminution de la rentabilité : Les tarifs douaniers plomberont la concurrentialité de l’agriculture nord-américaine, surtout parce que certains intrants essentiels à la culture, comme les engrais, sont principalement issus du commerce. Combinés à la rétorsion canadienne, ils pourraient poser de nouveaux défis économiques pour les producteurs et les entreprises agricoles, et nuire à leur rentabilité.
c.Réduction de la concurrentialité : Les États-Unis sont l’un des principaux partenaires commerciaux du Canada, notamment en matière de produits fermiers, comme le lait, le porc, le bœuf et les céréales. En raison des tarifs douaniers, ces marchandises et d’autres produits agricoles canadiens seront plus chers – et donc moins en demande – aux États-Unis, ce qui forcera les agroentreprises canadiennes à explorer de nouveaux marchés. Cet exercice peut se révéler ardu et chronophage.
d.Hausse de l’incertitude : Les tarifs entraînent une hausse imprévisible des coûts, ce qui met les accords de distribution et d’approvisionnement à rude épreuve.
Stratégies d’atténuation pour l’agro-industrie
Les agroentreprises doivent évaluer l’effet des tarifs du 4 mars sur leurs coûts d’exploitation et envisager des stratégies pour limiter leurs répercussions financières.
- Explorer les mécanismes canadiens de remise et chercher proactivement de nouvelles sources d’approvisionnement pour éviter les tarifs de rétorsion. Le gouvernement du Canada a annoncé le lancement d’un processus de remise permettant aux entreprises de demander un allègement exceptionnel des tarifs imposés par le Canada en réponse à ceux des États-Unis. Les agroentreprises devraient donc vérifier leur admissibilité aux différents allègements et présenter leur demande.
- Dresser le portrait complet de leurs chaînes d’approvisionnement (matières premières, étapes de fabrication et réseaux de distribution). Cet exercice les aidera à cibler les intrants pour lesquels elles dépendent grandement des États-Unis.
- Envisager de diversifier leurs fournisseurs pour pallier les risques. Pour ce faire, les entreprises doivent déterminer les régions et les fournisseurs desquels elles dépendent, évaluer de possibles solutions de rechange dans d’autres pays et analyser les coûts associés à un changement de fournisseurs.
- Promouvoir les échanges et la collaboration agricoles entre les provinces.
- Miser sur la résilience et la transformation stratégique :
i. Réduire les dépendances transfrontalières par l’intégration verticale, par exemple, en transformant ou en emballant les produits au Canada (puisque les produits transformés offrent une plus grande souplesse de tarification que les matières premières);
ii. Bâtir des réseaux d’approvisionnement nationaux solides et gages de stabilité;
iii. Conclure des partenariats stratégiques pour développer leurs activités et gagner en efficience.
- Examiner et renégocier les contrats d’approvisionnement et de distribution pour tenir compte des rajustements de coûts liés aux tarifs et ajouter des clauses de partage des risques.
- Faire équipe avec des organisations agricoles américaines pour défendre une cause commerciale commune. Par exemple, Agriculture et Agroalimentaire Canada et le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) pourraient se serrer les coudes et présenter un front uni à la table de négociation.
- Maintenir le dialogue entre les différents ordres de gouvernement canadiens et américains pour dénouer les enjeux agricoles et trouver des solutions mutuellement profitables.
- Explorer de nouveaux marchés :
- La consommation alimentaire et agricole de l’Inde, de l’Asie du Sud et des pays d’Asie du Sud-Est devrait croître pour représenter plus de 31 % de la consommation mondiale au cours de la prochaine décennie. Ce marché offre une multitude d’occasions à saisir pour les industries de transformation agroalimentaires, en particulier celles axées sur les protéines végétales.
- Les Émirats arabes unis pour les produits agricoles, car le pays importe environ 90 % de ses denrées.
- Adopter des technologies agricoles de précision afin d’optimiser l’efficacité des méthodes, comme des outils à taux variable pour les semences et les fertilisants.
- Mettre l’accent sur l’agriculture locale en faisant la promotion des produits canadiens. Encourager l’achat local auprès de la population canadienne fera augmenter la demande pour les produits agricoles cultivés ici.
Conclusion
On s’attend à ce que l’administration Trump priorise les industries des États-Unis en resserrant l’accès des entreprises canadiennes aux marchés américains. En contrepartie, les agroentreprises canadiennes devraient explorer d’autres avenues pour réduire leur dépendance aux échanges commerciaux avec leurs voisins du sud, y compris accroître leur production et leurs ventes intérieures, tâter d’autres marchés internationaux et tirer profit des programmes gouvernementaux de soutien aux exportateurs. Devant des restrictions commerciales, une transformation des chaînes d’approvisionnement et une augmentation des barrières réglementaires de plus en plus probables, l’adaptation stratégique et la proactivité sont de mise.
Avec l’imposition par les États-Unis de droits de douane sur les produits canadiens, l’agro-industrie s’expose à des risques considérables de voir ses coûts de production grimper, ses chaînes d’approvisionnement perturbées et sa concurrentialité péricliter. En agissant en amont, les entreprises agricoles pourront tirer leur épingle du jeu malgré l’incertitude et naviguer vers un succès pérenne dans un marché mondial en rapide évolution.
Pour en savoir plus sur ces enjeux et les façons de les aborder de front, n’hésitez pas à communiquer avec l’auteur et les autrices de cette publication ou avec les membres de notre groupe Agro-industrie. Notre équipe possède tous les outils pour vous aider à minimiser les répercussions des tarifs douaniers sur votre entreprise.