Le secteur canadien des technologies financières (ou « fintech ») a connu une croissance notable ces dernières années et pourrait continuer sur cette lancée, pour peu que la collaboration avec les institutions financières réglementées se poursuive, que la réglementation soit actualisée et améliorée et que les jeunes cracks du domaine se concentrent sur la création d’applications utiles aux services financiers du Canada et d’ailleurs.

Le Canada compte plusieurs centres financiers, dont Toronto, qui s’est taillé une place sur la scène internationale. Le pays accueille en outre des sommités mondiales en technologie, en plus de déployer des efforts pour faciliter la venue des plus grands talents. Par ailleurs, les Canadiens sont depuis longtemps des utilisateurs précoces des nouvelles technologies de services financiers et leur réservent un accueil enthousiaste : du premier guichet automatique aux nouveaux systèmes de paiement mobile, nous sommes toujours prêts à adopter des façons novatrices d’effectuer nos opérations bancaires et d’investir.

Jusqu’à présent, les institutions financières canadiennes ont elles aussi fait bon accueil aux technologies novatrices et ont volontiers collaboré avec le secteur des technologies financières pour accroître leur efficacité et améliorer leur offre.

Selon le Global FinTech Report publié en 2017 par PwC, les partenariats entre les institutions financières et le secteur des technologies financières sont bien plus nombreux au Canada que dans la plupart des autres pays. Dans le cadre de l’enquête, 62 % des institutions financières canadiennes ont dit s’allier à des sociétés de technologies financières et 88 % comptaient conclure davantage de partenariats de ce genre.

Et si l’indice d’adoption des technologies financières classe le Canada à la traîne, sous la moyenne mondiale de 33 %, un récent rapport du Global Risk Institute in Financial Services, intitulé An Overview of Fintech in Canada, montre au contraire que l’adoption des technologies financières au Canada a atteint le stade de la majorité précoce et devrait continuer à gagner du terrain.

« L’adoption des technologies financières au Canada a atteint le stade de la majorité précoce et devrait continuer à gagner du terrain. »

Comment maximiser notre avantage concurrentiel?

Les technologies financières existent depuis plus longtemps qu’on ne le croit, du moins sous certains aspects. Les grandes banques canadiennes s’en servent depuis des décennies pour accélérer le travail, réduire leurs coûts et améliorer l’expérience des clients.

La grande nouveauté tient à la vitesse à laquelle se succèdent les technologies révolutionnaires. L’apprentissage-machine, l’intelligence artificielle et les mégadonnées sont autant d’innovations qui bouleversent le secteur dans son ensemble. Pour en tirer le meilleur parti, nous devons prendre certaines mesures.

D’abord, il faut s’assurer que l’accès aux capitaux privés et aux marchés publics est assez durable pour soutenir les sociétés canadiennes tout au long de leur cycle de développement. Il ne suffit pas de financer leurs premiers pas. Il faut veiller à ce qu’elles aient suffisamment accès à des capitaux pour leur permettre de s’établir sur le marché mondial, tout en maintenant leur centre névralgique au Canada. Les gouvernements du pays ont donc un rôle important à jouer : ils doivent créer un cadre propice à la formation de capital pour ces sociétés, qu’il provienne d’investisseurs individuels ou institutionnels, y compris les caisses de retraite.

Par ailleurs, bien des cadres réglementaires fédéraux, provinciaux et territoriaux peuvent, à n’en pas douter, être améliorés. Ce qui était pertinent jadis ne l’est peut-être plus dans une économie toujours plus axée sur le numérique. Notons, du reste, que les gouvernements travaillent activement à réformer leur réglementation, comme en témoigne une réforme de la législation fédérale sur les institutions financières et les paiements, destinée à faciliter les activités des institutions financières et des sociétés de technologies financières. En outre, les autorités canadiennes en valeurs mobilières commencent à prendre des mesures pour clarifier le contexte dans le cadre duquel une monnaie numérique peut être créée et développée, en marge des lois générales régissant les valeurs mobilières.

Outre cette réforme du cadre réglementaire au Canada, le secteur des technologies financières aurait intérêt à ce que soient définies des normes mondiales exhaustives. Le projet est en cours, mais d’ici à ce que ces dernières soient arrêtées, nous avons fort à faire pour inciter les sociétés de technologies financières à continuer de faire du Canada leur tremplin pour gagner le marché mondial et réussir.

L’exode des cerveaux
La complexité du cadre réglementaire canadien a déjà fait fuir quelques innovateurs et entrepreneurs. Le cas de Vitalik Buterin en est le parfait exemple. Après avoir abandonné ses études à l’Université de Waterloo, ce récipiendaire de la bourse Thiel a inventé Ethereum, système d’exploitation fondé sur une chaîne de blocs et une plateforme informatique distribuée. Depuis sa création en 2014, il est devenu le logiciel indispensable de nombreuses applications de technologiques financières. À première vue, Ethereum est une réussite typiquement canadienne. Pourtant, l’équipe s’est rapidement établie en Suisse, attirée par un cadre réglementaire plus favorable.

Restons optimistes

Il suffirait de leaders éclairés pour que le Canada se hisse à la pointe de la nouvelle économie des technologies financières. Après tout, il y a parmi nous de brillants développeurs de technologies dont les produits, de nature à conquérir le marché mondial, révolutionnent les services financiers.

Les Canadiens sont des champions de longue date de la commercialisation dans le secteur si incertain des ressources. Nous avons toutes les raisons de croire qu’ils adopteront de plus en plus largement la même attitude devant les possibilités offertes par les technologies financières émergentes.

« Il suffirait de leaders éclairés pour que le Canada se hisse à la pointe de la nouvelle économie des technologies financières. »

Auteur

Vincent Frenette 
VFrenette@blg.com
514.954.3177

Compétences

FinTech (Technologies financières)