Les employeurs passent souvent outre à un problème important en milieu de travail : le manque de sommeil de leurs employés. Des études et des analyses récentes ont démontré que les employés qui dorment mal ou trop peu s'exposent à des accidents ou à des complications de santé à long terme et sont susceptibles d'afficher une faible productivité au travail.

Selon l'article du National Post daté du 3 avril 2017 intitulé « Crying Baby Could Cut Income by 11%: Study » : [traduction] « […] Des chercheurs de la London School of Economics ont découvert qu'une seule heure de sommeil en moins par nuit peut réduire le revenu des ménages de 11 %. Joan Costa-i-Font, professeur agrégé en économie politique à la London School of Economics, affirme que le manque de sommeil mène à la fatigue, ce qui peut "saper la performance économique". Il a présenté les résultats de l'étude mercredi, à la conférence annuelle de la Royal Society of Economics, à Bristol, en ajoutant ceci : "On oublie souvent d'inclure le sommeil dans les modèles économiques, malgré ses effets réparateurs évidents pour la santé". »

Il a été démontré que le manque de sommeil réduit considérablement le rendement, la vigilance, la mémoire et l'aptitude intellectuelle.

Selon Vicki Bell — How Sleep Deprivation Affects Work Performance : [traduction] « La National Highway Traffic and Safety Administration (NHTSA) estime de façon prudente que la somnolence chez les conducteurs cause chaque année au moins 100 000 accidents de la route, 71 000 blessures et 1 550 décès. »

Les troubles du sommeil peuvent également entraîner de nombreuses maladies graves, comme l'hypertension artérielle, les crises cardiaques, l'insuffisance cardiaque, les accidents vasculaires cérébraux et les troubles psychiatriques.

Pourquoi les employeurs devraient-ils s'inquiéter de ce problème?

  • Le manque de sommeil et les troubles du sommeil peuvent avoir une incidence sur le « résultat net » d'un employeur, car ils occasionnent une faible productivité, un risque accru d'accident et des déficits cognitifs chez les employés.
  • Le déficit de sommeil et les troubles du sommeil peuvent entraîner des accidents qui auraient pu être évités. Tous les employeurs devraient donc s'en soucier, d'autant plus que les taux d'accidents élevés occasionnent des dépenses élevées.
  • On a découvert que d'importants accidents dont on a beaucoup entendu parler découlaient en partie du manque de sommeil. Par exemple, on a appris que les deux ingénieurs impliqués dans la catastrophe de Tchernobyl de 1986, en Ukraine, causée par l'explosion d'une centrale nucléaire, travaillaient depuis 13 heures lorsque celle-ci s'est produite. Le déversement de pétrole de l'Exxon Valdez de 1989, qui est le deuxième plus important déversement de pétrole de l'histoire des États-Unis, est un autre exemple patent des conséquences du manque de sommeil. Dans cet accident, la preuve démontrait que le troisième lieutenant, qui pilotait le navire, aurait été éveillé pendant 18 heures avant que le navire pétrolier ne heurte le récif Bligh Reef, peu après minuit.
  • La difficulté à dormir et le sommeil perturbé peuvent affecter les travailleurs de quarts en particulier et avoir une incidence sur la santé à long terme, entraînant des maladies chez les travailleurs, des réclamations d'assurance invalidité et de l'absentéisme.

Quelles mesures l'employeur devrait-il prendre?

Puisque tous les employeurs se préoccupent de la productivité et de la santé à long terme de leurs employés, et de la prévention des accidents, ils devraient se soucier des employés qui souffrent d'un déficit de sommeil ou de troubles du sommeil, comme l'insomnie, l'apnée du sommeil, etc.

Pour aider à régler ces problèmes, un employeur peut faire ce qui suit :

  1. renseigner les employés sur l'importance de bien dormir et de dormir suffisamment, notamment au moyen de vidéos, de conférences et d'articles informatifs;
  2. offrir des services-conseils (comme des PAE ou des conseils en matière d'assurance-maladie complémentaire) aux employés qui ont des problèmes de sommeil, comme l'apnée du sommeil ou l'insomnie, ou qui ont de la difficulté avec le travail par quarts;
  3. encourager les employés à faire une sieste ou à méditer pendant la pause dîner plutôt que de les décourager de dormir au travail. Cette mesure pourrait exiger de mettre en place les installations appropriées, mais si elles existent déjà, elles permettront aux employés de faire une courte sieste, de manière à se sentir revigorés, d'accroître leur productivité et de réduire le risque d'accident;
  4. examiner les troubles du sommeil des employés concernés lors des enquêtes faisant suite à un accident, s'ils sont pertinents;
  5. considérer la possibilité d'implanter un « test de dépistage des facultés affaiblies » dans le milieu de travail, particulièrement pour les employés qui ont été victimes d'un accident ou qui occupent un poste à risque. Ainsi, il serait possible de prévenir les accidents et de repérer les employés qui souffrent de troubles du sommeil afin de leur venir en aide.

Le manque de sommeil est un facteur important dont tous les employeurs devraient tenir compte. Réveillez-vous!

Auteur

Gabriel Somjen QC; CPHR
GSomjen@blg.com
604.640.4013

Compétences

Travail et emploi
Droit du travail et de l'emploi