Plus tôt ce mois-ci, le Canada a entamé son mandat de deux ans à la présidence du Conseil de l’Arctique (« CA »). Il est clair que nous assumons nos fonctions au moment le plus mouvementé de l’histoire de l’organisme créé il y a 17 ans.

Depuis 1996, les huit membres permanents1 du CA ont surtout consacré leurs efforts à faciliter la collaboration et la mise en valeur dans leur zone géographique commune, et à résoudre les difficultés auxquelles les populations de cette région font face. Jusqu’à maintenant, les deux principales résolutions du CA ont porté sur la collaboration au chapitre de la recherche et du sauvetage dans l’Arctique, et sur les mesures à prendre pour faire face à des catastrophes  environnementales.

L’honorable Leona Aglukkaq, ministre de l’Agence canadienne de développement économique du Nord et ministre de la Santé, présidera le CA. Dans le cours de son mandat, le Canada entend promouvoir les activités économiques dans l’Arctique et faciliter la participation des peuples autochtones à la mise en valeur de la région. Or, utiliser le CA comme tribune pour promouvoir des activités commerciales marque un nouveau jalon, car l’organisme se préoccupait auparavant de domaines traditionnels.

De fait, non seulement les possibilités qui s’offrent au CA en tant que tribune ont-elles été modifiées, mais la composition de l’organisme a aussi considérablement changé. Ainsi, en mai 2013, l’Italie, Singapour, le Japon, la Corée du Sud, et de façon plus remarquable, l’Inde et la Chine, ont reçu le statut d’observateur permanent.
Cette évolution constitue un changement marqué dans la conception que se font les États membres du rôle et de la fonction du CA, particulièrement si l’on tient compte du fait qu’au cours des 12 derniers mois, certains membres, dont la Norvège, les États- Unis, la Russie et le Canada, voyaient plutôt mal, à divers moments, la possibilité d’accorder le statut d’observateur à la Chine (en particulier). Peut-être craignait-on de voir faiblir l’influence des membres permanents face aux intérêts des autres États.

Néanmoins, le CA a dû élargir ses rangs par suite, d’une part, de la signature récente de l’entente de libre- échange bilatérale par la Chine et l’Islande, et, d’autre part, de la mise sur pied du « Cercle polaire arctique », une tribune libre qui est conçue pour présenter à une gamme d’intéressés, notamment des organismes non étatiques qui n’ont pas accès au CA, diverses questions propres à l’Arctique. En se rendant plus accessible et en élargissant la portée de sa mission, le CA a contribué à confirmer sa légitimité pour être reconnu comme le seul organisme qui s’occupe des affaires de l’Arctique.

En raison de ces événements récents et des modifications qui ont été apportées au CA, l’Arctique prend la place qui lui revient sur le plan international. Le Canada aura à relever certains défis, notamment atteindre les objectifs qu’il a formulés en réponse à une pression intense pour que l’on réduise les émissions de carbone, tout en faisant la promotion d’une mise en valeur sécuritaire et durable pour les peuples de l’Arctique. Qui plus est, la conciliation d’intérêts qui se font concurrence depuis longtemps parmi les membres permanents, notamment en ce qui a trait aux limites maritimes, sera vraisemblablement compliquée par les pressions qui existent au chapitre de l’exploration énergétique et de la navigation, et ce, non seulement au sein des membres permanents, mais aussi chez les observateurs.

Bien entendu, le fait que le Canada soit à la tête du CA à l’heure actuelle, et compte tenu des questions qu’il faudra résoudre, représente une occasion incroyable
pour les Canadiens et les entreprises canadiennes. Il est fort probable que la recrudescence des activités et des intérêts afférents dans l’Arctique aura des répercussions sur un éventail de secteurs, notamment l’énergie, les mines, la construction navale ainsi que le transport aérien et maritime, et que les représentants de ces industries seront incités à investir dans l’Arctique et à accroître leur exploitation dans la région. Les défis à relever sont de taille, mais en étant à la tête du CA, le Canada aura l’occasion de définir comment l’on doit comprendre et imaginer l’Arctique, et d’orienter les activités à venir dans cet espace économique et géopolitique dont la croissance et le dynamisme ne font plus aucun doute.


1 Le Canada, les États-Unis, la Russie, l’Islande, le Danemark, la Suède, la Norvège et la Finlande.
 

Autre auteur

Damian Hornich

Compétences

Équipe du Nord®